Château de Valtan
Fujifilm X100V / 2024
AnthonyPERROT©

Montaigu-le-Blin
Fujifilm X100V / 2024
AnthonyPERROT©

Château de Valtan
Fujifilm X100V / 2024
AnthonyPERROT©

Montaigu-le-Blin
Fujifilm X100V / 2024
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Chatelperron
Fujifilm X100V / 2024
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Chavroches
Fujifilm X100V / 2024
AnthonyPERROT©

Chatelperron
Fujifilm X100V / 2024
AnthonyPERROT©

Chavroches
Fujifilm X100V / 2024
AnthonyPERROT©

AU VALLON PERDU

La thébaïde du sybillin vallon vient d’assécher mon coeur,
À Ainay-le-Château les choses n’ont plus de noms,
Et plus je tranche la bruine plus mes pas se ruinent,
Ni Tristan ni Yseut n’aurait pu y trouver asile,

Oh Désert vert du Pays de Tronçais,
Fait sonner les Trompettes de Jéricho,
Fait bruire ma sédition aux champs défaits,
Débarrasse mes guêtres, enfoui mon heaume,

À nu, le soleil rageur baigne dans l’iris, me voilà!
J’ai pris la pente à revers et tutoyé les ruines éparses,
Laissez-moi guider l’astre diurne à crever le ciel,
Laissez-moi réduire de l’âpre terrain son fiel,

J’attends à l’orée des Côtes-Matras l’ombre des pins,
Plus faune que la faune j’ai pris langage d’airain,
De ma celte serpe j’entaille mon coeur, et abandonne
Mon affligé ventricule avant que l’aube ne résonne.

©2024AnthonyPERROT


AU CHÂTEAU DE VALTAN

Au château de Valtan j’ai senti la ruine du vent
À mes flancs tailler un vipérin baiser d’errance,
Le gel bleui fait son lit et lézarde la rose pierre,
Tel le lierre aussi mon coeur pousse, et sans
Merci fait la razzia aux larmes amères,

Au château de Valtan j’effeuille mes apparats,
J’y laisse mes nuits à l’ombre du perron las,
Les vers de bois grouillent, mes pensées aussi,
J’avance à tâton, âme en main, dégager la friche
À la recherche d’une lèvre, qui n’existe pas,

Au château de Valtan j’egrène mes pas
Au rythme savant des mites à leur repas,
Ils y sont chez eux plus que la lune
À travers l’édentée fenêtre qui fume
Et dont je peine à tirer le rideau noir,

Au château de Valtan mon vieux désert
Est un affront, y provoquant l’ire de la tour
Où ne culmine plus rien qu’un crâne ouvert,
Nulle Dame qui vive parmi ces grises houles
Ni même une gracile main donnée en retour.

©2024AnthonyPERROT


ÉLOGE DE LA BEAUTÉ

La beauté est un signe caressant, une onction sacrée pour quiconque la prodigue, elle ne s’altère que peu et même par là devient, parmi les « ruines » des années, un parthénon immuable, tel un Sphinx incompris, figé de ses mille feux, à toujours plaire aux yeux de l’humanité.

Audrey HEPBURN, tirée des plus beaux vallons des Flandres, et de la bruine d’Ecosse, requiert une grâce inégalée où la candide fleur de l’expression de ses yeux ferait sécher les larmes les plus amères.
Mais la Beauté, seule, sans une âme à habiter, peut-elle survivre ? Assurément, non. Il faut qu’elle y puisse trouver un écrin conscient, une âme en guise de robe, pour y pouvoir articuler tous ses attraits, y compris émotionnels.

La perfection est un mensonge, et la vraie Beauté y est étrangère, seule la pureté peut prétendre à l’excellence car elle mise sa toute puissance sur l’émotion. Et c’est en cette dernière que la perfection existe vraiment, car elle en est le témoin dans sa plus noble valeur, la plus humaine: l’amour.
Audrey Hepburn a l’excellence de cette « Beauté incarnée », où l’ostie de la chair se mêle au calice sacré d’une âme vêtue des plus beaux atours moraux. Ce calice est à portée de lèvres, une ambroisie que l’on goûte avec les yeux du coeur.

 D’un accent britanique, serré et félin, sur des dents à ravir tous les yeux, elle glisse son timbre sur la partition et se fait aimer plus que la musique. Mais derrière ce portrait, ce que je vise, c’est la Beauté.

Le portrait est prétexte à l’éloge, car viser n’est pas priser, et moins encore prétendre, c’est tout au plus nourrir l’émerveillement pour l’âme. On ne vise qu’en pensée, à revers de cible, sur les flancs vaporeux de ce millefeuille qu’une beauté peut avoir.

Qu’elle se soit pris quelques sillons à travers les âges, une beauté n’a de vieillesse qu’en apparence. Si la candeur toujours y veille et ne se soustrait point à l’aura, alors la beauté dure autant de fois que l’univers est tapissé d’étoiles.

Ô Femmes, soeurs en Esprit, votre beauté vous survivra.

Moi, si laid, tel un Prince Muichkine, d’une naïveté qui frôle « l’idiotie », mais à coeur d’être bon et humble, ne puis être qu’un pélerin des Arts, esthète galvanisé par les cotonneuses grâces des sculptures féminines d’un Bernini, louées par le frisson des soupirs mélancoliques, car je doute du
« pouvoir plaire ».

Alors je me contente, du haut de ma vieille tour nacrée où bleuit mes tristes heures solitaires, de rendre au centuple vos magestueuses faces au monde sur le fil de ma toile de lin.

©2023/AnthonyPERROT


EXIL

D’un exil à l’autre, j’avance à l’orée d’un automne qui n’a point encore mis ses plus belles chausses. La Nature vous fait le présent de la plus inconditionnelle des attentions, elle vous laisse marcher en son agreste et pré-carré flamboyant. Elle parvient même à vous remplir le coeur d’une allègre caresse, le temps d’annihiler sa condition, d’en dégager les copeaux miséreux.

Les fleurs sont ballerines, et le vent chorégraphe mène par le bout du pistil ces demoiselles, nolens volens, jusqu’à provoquer l’ardent désir d’y perdre la vue, quite à ne plus sentir qu’en végétal soi-même.

Que ne puis-je espérer d’autre, qu’au détour d’une vermeille roseraie, entre deux épines, y trouver cachée, le galbe léonin d’une cheville où l’on puisse glisser, tel un serpent amoureux, un chaste baiser. Et faire monter ses lèvres, d’une guise «amabile» sur la partition charnelle, à califourchon sur les flancs d’un corps Vénusien, jusqu’à y découvrir, en son sommet, une parfaite chevelure tressées des plus beaux atours où le préraphaélisme sent bon l’Amour Shakespearien!

Mais non, rien. Ce ne fut qu’un vaporeux songe. L’imagination a le mérite d’être l’oiseau colporteur de ce que vous octroie Dieu sur terre, le temps qu’un jour, sans doute trop tard, une gracile main où le vernis peint vous appelle en son miroir, et vous y mirer pour toujours.

Je suis un Tristan sans Yseut, sans l’ire d’un Roi Marc de Cornouaille à mes basques, alors je l’invoque la figure tutélaire, mes yeux font une houle dans ce déchaînement vert,  l’Arboretum tente par un preste camouflage, de par ses multiples ramages feuillus, d’en créer les contours, mais le vent jaloux vient à briser ce rêve succinct, et me pousse toujours plus à creuser le sillon de mon esseulé destin.

Si toutefois une créature pouvait le briser, et rendre à mon esprit le souffle antique qui fait voler la pourpre toge, où s’y cacher entre deux cyprès, avant que la pudeur frissonnante de la lèvre ne puisse s’arrimer aux miennes.
Du songe, rien que du songe, encore et toujours un songe, vous dis-je! L’espoir transi est voisin de la folie, je ne suis qu’un Poète à l’idéal si affermi que la moindre demi-mesure m’est intolérable, la Passion sinon rien.
Mais je repars, comme je suis arrivé: en matière de Solitude.

©2023AnthonyPERROT


LES ÉBATS À L'ORÉE DU VIEUX VERGER (fiction)

Ceci est un poème fleuve sur ce que j’imaginerais être une rencontre fortuite entre deux êtres fait du même bois, du même marbre à sculpter.
Bien qu’étant seul, l’Art de la fiction me permet de vous exposer le goût et la ferveur que porte mon âme, sur ce que je pense profondément des grands sentiments humains: Du mysticisme du coeur au charme pénétrant de la chair.

Deux personnages inconnus, sans noms, vont entrer en scène.

PROLOGUE

D’un bleu ciel céruléen deux coeurs se sont épris, et le verger monte sa chevelure rôdée aux plus beaux atours caressants, les bien aimés s’approchent. L’une, d’un galbé talon tendu, n’ose s’arrimer à la terre, avec la pose de l’antique sagesse.

L’autre, tout d’un coeur armuré du plus bel âge, tend une curieuse main féline qui semble chercher les tresses difficiles de l’amour naissant. Deux êtres, deux tétrapodes ailés parfumés d’une fièvre geyserisante, dont on sent monter jusqu’à la nef céleste de ce verger, le frisson le plus ardent.
Avant d’entamer la traversée du pédiluve azuré, il nous faut tout d’abord brosser le portrait, de pied en cap, de nos deux jeunes héros. D’une description charmée avant d’Esprit d’un allant mieux avancer il en faut murir la plume!

CHANT I - LA JEUNE FEMME

Elle est ceinte par la divine liqueur dorée du plus puissant des Dieux, et son coeur, seul, en vaut des milliers. D’un doute nul n’en puis avoir, car elle frôle la Sainteté sentimentale. Quiconque la voit meurt sur place, faute d’en séduire l’âme. Voilà de quoi poser les bases d’une si amène fille, soeur de toutes les muses, jadis!

Ceinturée d’un jet de lapis-lazuli son ventre fait mine d’avoir l’air « pincé » sur ses flancs, et ses hanches font des houles heureuses à mesure que les muscles se tendent. Son nombril est un oeil félin, il tance l’odieux dessein des faunes mais s’ouvre volontiers sur l’éthéré coeur de l’homme de patience.

« Noir de jais », sa nébuleuse chevelure est un abysse à portée de main, que de poissons aux écailles argentés on y pourrait trouver, faisant de ce doux vallon un secret mystique! Que le soleil y fasse son appétit, et même celui d’un Gian Lorenzo Bernini à coups de ciseaux, et qui découpe dans la chair de ce marbre charnel les plus beaux plis.

Deux melons rieurs ornent son haut buste, pas un dôme provoquant l’Olympe ni même qui tire vers l’Enfer, non, juste la ferme demeure d’un allègre nuage qui appelle au baiser, ornés de deux roses boutons qui ressemblent au « bonnet rebrassé » de la Renaissance italienne.

Tel l’escalier hélicoïdal son cou donne l’espoir, il précède la pétaleuse face, que de belles torsades musclées s’y présentent, où l’on aime tant y faire glisser un index aimant. Un cou alerte, et gymnaste dans l’Art de se laisser flairer par l’ondée de celui qui embrasse, fragile aussi, car c’est une pudibonde tour.

Cette « Pise » là penche en faveur du charme pour qui sait y poser un bras, son duvet se dresse dès que l’haleine fleurie du mâle, se rapprochant, d’un air « adagio », y dépose sans y toucher, ses lèvres calines.
Il faut monter encore.

Que d’arrogance il faut pour oser décrire ce qui va suivre, car une tête n’a rien de plus difficile à mesurer, tous les canons sur les antiques vélins n’y pourront rien, pas même Rembrandt! Peut-être en approcher le sentiment qu’elle nous révèle, fugace, à l’ombre timide que l’aile du nez nous porte à lui seul.

Les yeux ont pris tous les horizons, en un seul, deux amandes cernées de Khôl, battant du cil comme bat le grand palmier sur le triste voyageur. Et cette pupille qui fait cotillon de fête, et qui sait vous prendre en cible, n’a de cesse que d’opérer sur vous la ruine de votre aisance, tel le mite contre le parquet, jusqu’à tortorer sans fin. Il vaut mieux voir que d’être vu, en ces cas là.

Le nez, la bouche, ne sont pas en reste. L’un est une dune mignonne sirotant d’un flair valeureux la nuée orientale que votre nuque dégage. L’autre, élastique comme le dos d’un chat, s’étire en panier obscur où la denture forme un rempart à qui voudrait y glisser une langue impatiente. Deux sourcils pour deux couronnes à cette Royale demeure, tirées par les fils des sentiments que le coeur, dans les coulisses de ce théâtre, dirige amoureusement.

Encore plus bas, deux mâts fuselés, suivi d’un galbe léonin où sied le mieux le plus beau des équilibres, c’est le pied. Vaisseau dansant aux veines dont les sillons gonflés appellent au charme, car il invoque l’hypnotique serpent, dont les orteils peints en sont les écailles.

CHANT II - LE JEUNE HOMME

Il est fort « Prince », en cela qu’il est d’un coeur éminent. Fait d’un seul marbre, comme seul Michelangelo aurait sut l’ériger, ce bloc a tout du nerveux « marmo di Carrara ». À sa tête, une toison bouclée tombe telle une glycine au-dessus d’un orageux front, où luit tous les éclairs de la pensée.

La machoire nue, pas l’ombre d’une tortue romaine velue sur ce visage ni aucune lance acérée en guise de moustache, imberbe vous dis-je! Modèle Toscan dans le statuaire des idées, cet homme, a le torse tel un gréément en proie au souffle héroique de son propre coeur. Il avance, implacable, sur le roulis de ce verger par de vertes vagues élancées, à rejoindre l’aimée!
Ses vastes épaules font pleurer Atlas lui-même, car il porte l’univers tout entier, il parle aux muscles comme le vent l’oiseau, et sait plier comme personne le plus infime ligament. Bien qu’un coeur suffit, il en faut connaître sinon quoi l’ennemi est assuré en victoire, et en charme vous précéder.

Son abdomen semble doux comme un bronze Donatellien, calme et sans relief. Mais ceci est un mirage pour tromper les arsouilles du pays, car de la force, seule, il s’en garde de bien l’utiliser qu’à l’ultime condition d’être attaqué. Ses cuisses, jambes et pieds ont pris du coeur la juste mesure, à l’autel du chemin suprême, de l’amoureux destin vermeil.

CHANT III - LA RENCONTRE

L’éther a pris un visage encombré, et le vent rageur griffe les flancs de ce verger abandonné. Assise sur un haut parapet, la nuque alourdie par les heures, penchée vers la terre du soupir, une jeune femme fait filer ses larmes dans ce gouffre vert-de-gris.

Ses cheveux lui font comme un casque, son profil évoque Athéna, déesse de la guerre. Mais à qui peut t-elle bien la faire ? À elle-même ? Au corbeau qui ronge ses sandales ? Au passé ? Au doute ? On ne sait.
De l’autre côté, plié en deux sur une pierre hirsute tel un hibou rocailleux, les yeux brouillés et le coeur qui peine à contenir ses coups, un jeune homme s’évanouit.

Deux êtres, une même conditon, mais qui ne se voient pas, et ignorent encore leur existence, et pourtant, quelques degrés de pierres les séparent.
Revenu à lui, une main posée sur son large front frangée d’une boucle gorgée d’eau, et de l’autre tentant d’en soulever la gêne, se mit à penser longuement. Mais ce qu’il croyait n’être que l’écume de sa perdition n’était autre que les larmes de la demoiselle, qu’au-dessus sanglotait.
Elle, agacée par les morsures du fielleux corbeau contre le cuir de ses sandales, se mit à agiter nerveusement le pied. L’oiseau lâcha sa proie et en fit tomber une boucle.

Au même instant, et d’un destin bien tourné, sans qu’il n’y ait un cartésien mécanisme à ce mystère, mais au contraire d’une parfaite conjonction Divine, l’un et l’autre, d’un seul et même regard, se sont croisés au diapason foudroyant de l’amour.

Tel un tison devenu le plus vaste des brasiers de la terre, nos deux amants se sont consumés dans un silence complice, long comme un siècle fleuri d’un millions d’étreintes.

CHANT IV - L’AMOUR

Que ce mot, si court, contient tant de fièvres!

Que ne dit-on pas dessus, à le décrire voilà qu’il nous échappe, et c’est pourtant là, dès qu’il glisse telle une carpe hors de ses eaux, évanoui complètement, qu’il ressurgit entre nos mains, plus loquace que jamais.
Et nos deux héros, qu’en est-il ?

Par le coeur ils se sont vus, et d’un regard tambourinant.

Par le coeur ils se sont compris, en un éclair qui a sut remonter les veines, et rallumer tous les candélabres cérébraux, remis au diapason les rythmes intérieurs. Par le coeur ils se sont écoutés et, d’un silence conjugué au Verbe, ils parlent, mais sans rien se dire, des mots qui ont juste des yeux et non des voix.

L’évidence même, le ruissellement incarné de deux âmes au-dessus d’une seule et même chair, orifiée par la très aiguisée flèche Cupidienne. Ce Dieu donne à penser que l’amour n’a de vérité que l’élection silencieuse de son apparition.

Avant elle, du monde en rien n’était, avant lui d’aucun monde ne fut.
Deux faces d’une même monnaie, d’un revers sublime que cet Or là, fondue par tous les sentiments, taillée par la sentinelle de l’exigence, ils s’aiment comme s’aiment la Terre et le Soleil, la Lune la Mer, le Vent l’Oiseau!

Qu’une âme, pour bien naître, se forge quelques millions d’années, alors pour que l’amour se puisse trouver il en faut bien davantage, ces deux coeurs avaient l’âge d’un astre séculaire. Ils n’ont eu besoin de recours à aucun Dieu, ni du susurrement des étoiles peintes dans le noir, ni même d’un quelconque septre de prêtre païen, ni de la rousse crosse serties d’épines Christique d’un Pape.

Le mystère du genre humain réside dans cet inconnu que l’on ignore, qui frappe en prétextant vous connaître et que lui-même ne connait point!

BREF ÉPILOGUE

Ainsi s’achève ce vaste chant, tiré de ma triste lyre, où l’ombre de l’oiseau solitaire de mes heures achevées me recouvre d’un gris voile, en attendant qu’un jour, sans doute trop tard, une créature idéale, dans une autre vie sans doute, vienne à le lever avec la douce ambroisie de son baiser salvateur.

Avec le très honorable et ardent dessein de vous avoir convié, sous les auspices d’une sincère inspiration, au plus près de ma vision.

2023AnthonyPERROT©


SUR LE LAC DES CYGNES (BALLET)


En compagnie d’une charmante esthète, une printanière fleur lunaire, Romélie, dont c’est le premier ballet, au milieu d’une grouillante mêlée humaine, je m’assieds. Je signe son baptême sous le magistaire dansant du Ballet Académique de Budapest, et lui offre deux gouttes du grand lac en guise d’eau bénite.

Le Zénith a le ventre plein d’un essaim toujours plus bourdonnant, je m’immole aux précieuses larmes que sont les secondes qui me sépare du Grand Ballet, et si la naissance est déjà la mort consumée, alors ce soir vraiment de mourir je renaîs. Tel est l’ éternel cycle du genre humain.
Le temps s’est fondu dans une opalescente chrysalide, me laissant un champ éternel à porté de coeur, d’un battement l’autre, m’avancer sur ce grand lac mythique.

ACTE I

L’orchestre fait ses premiers balbutiements sur l’émouvante bulle enfantine du grand Piotr, sur un « Moderato assai - Allegro non troppo - Tempo I » très tendre, dont l’écume des premiers violons font monter la meringue émotionnelle à mesure que le rideau vermeil attend fébrilement d’ouvrir sa gueule.

Le velours italien s’ouvre enfin, laissant au manteau d’Arlequin l’heureux dessein de faire glisser sur ses rails d’écarquiller les yeux d’une salle émerveillée. Le décor semble plus fait d’une sensible dentelle que d’un carton-pâte, et la lumière qui s’y pose est comme une tamisée caresse. L’oeil s’immole, et consume l’extase jusqu’à épuiser tout son soûl.

La fête et son cotillon pétillant éclate sur scène, c’est l’anniversaire du Prince Siegfried, ses fuselées jambes semblent sculpter dans l’air le dessin d’un oiseau léger, et faire de notre héro un Adonis ailé sans pareil. En présence d’une faste cours affairée au jeu et à une certaine superficialité, dans cet ingénu décorum, le Prince, ne sait où donner du coeur, cherchant à fuir tout un parterre de fausses prétendantes. Il fuit alors, poulope et cabriole, à qui mieux mieux, faute de pouvoir où savoir aller, tombe en même temps que la Nuit du doute, au seuil mélancolique d’un grand lac où il pense, arbalète en main, chasser la faune glacée.

Intermède I: Entre le chamarré polychrome du bastringue têtu et le début de la fuite de Siegfried, j’entends ma voisine fredonner l’air éponyme de la pièce maîtresse du ballet*, se donnant sans doute à elle-même les palmes nécessaires où battre dans l’eau bleuie son admiration pour ce spectacle.

*(Op.20, Act 2: No. 10 Scène)

ACTE II

Peu après, Siegfried, d’un «adage» flateur foulé au sol, ajusté dans l’éther ténébreux, vise ce qu’il croit être un animal, et découvre soudain Odette, dont la thérianthropie n’opère que lorsque le grand astre diurne décille son empire sur la nuit. Elle, d’une seule pétale, au grés d’un vent dont l’arachnéen Baron Von Rothbart a mis tout son grain perfide, avance craintivement, jusqu’aux abords chanteurs du Prince. Bien que femme, et même en dansant, tout en elle respire «l’Anatidae» qui, sous un neigeux Tutu volatile, fait tourner en Derviche amoureux l’ardent corps de Siegfried.

ACTE III

Voici poindre le grand voilage Vénitien d’un mauvais bal aux accents Machiavéliques, dont le chef d’orchestre n’est autre que Rothbart lui-même, toujours enturbanné dans sa cape d’ébène, mais sensiblement costumé pour ne point réveiller un sombre soupçon. Que de danse! Que de Foi dans l’Art de s’éprendre de la brise qui tournoie! Que de signes sur tous les fronts trompeurs où les miroirs brisés ne font que mirer le doute dans le coeur du Prince, et plus il avance plus l’étau du sorcier se reserre… Mais place au bal! Les alambics furieux et enfumés du Docteur ès science du complot commence à rendre opaque la face meurtrie de Siegfried qui, disons-le, se fair avoir! D’un coup d’un seul, le voilà pris dans les serres d’une sombre plante, Odile, fille du Sieur de mauvaise augure!

Charmé malgré lui, car elle ressemble comme deux gouttes du Lac glacé, à Odette, la primeur de ses rêves! Pris dans ce mirage au marbre noir, veiné d’un liseré tel un éclair blanc qui déchire le ciel de son regard évanoui, il sombre définitivement et fane en fleur prisonnière du mensonge.
Mais Odette le voit, et comprend le sortilège, ainsi ce qui traverse dans les veines malheureuses de son prétendant, et dont le sillon ne fait que creuser toujours plus loin l’amertume à mesure que croît l’odieux venin. Mais Eros toujours plus fort que Thanatos! Le Prince, d’un revers de demi-pointe repart à contre rivière jusqu’au lit primaire, à la source tant convoitée où tant d’âmes s’y sont mirées sans pouvoir y faire naître un quelconque sentiment.

Intermède II: Romélie, suspendue à un degré supérieur dans l’échelle du Beau, semble se raidir sur son siège, tendue d’émerveillement face au millefeuille dansant qui n’en finit plus de multiplier les couches pailletées. L’épais entremets, dont la cerise sur le Tutu monte en crème dans l’épaisse meringue céleste du Ballet fait tourner ses sens en bourrique! C’est ça l’expérience de l’Art, non pas suivre, mais Vivre à ce que l’on assiste!

ACTE IV

La harpe tricote avec le bout d’une plume archangélique, elle transporte le Stradivarius vers une dernière contrée, celle du grand dénouement. Siegfried mesure l’écart tout autant qu’il le conçoit lui-même, par un «Grand Jeté», entre la conscience d’avoir été envoûté et celle de la recouvrance de son coeur épris d’Odette.

D’un élan rageur Le Prince arrache une aile du vil Rothbart, laissant ainsi ce qui, de plein Droit, doit arriver à quiconque ose dans la Vie s’en prendre à l’innocence, c’est-à-dire: périr du Mensonge lui-même! Le venin lui-même se retourne toujours à celui qui le lance, seul le temps remet son sablier à jour et finit toujours par rendre sa Justice.

Ainsi s’achève le sombre cours des choses, et la lumière peut renaître.
La Princesse, d’une palme allègre fait une valeureuse «sissonne arabesque», soulevant de son nid argenté une vaste fresque éclatant en milliers de perles glacées, y recouvrant enfin, en retombant sur le sol son corps de Femme.

Liberté, seule vertu à gravir, quel qu’en soit le degré de pente, est le point d’arrimage d’un Esprit et d’un Coeur qui ont fait alliance sur les forces du Mal, et seul l’amour en est le Saint glaive salvateur.
Odette & Siegfried peuvent désormais s’aimer.

©2023AnthonyPERROT


SUR CENDRILLON (BALLET)

L’hiver a tondu les Cours Anatole France, l’allée respire à poumons restreints et, à mesure qu’apparaît la grosse meringue néo-classique du théâtre, saupoudrée de ses feux vespéraux, l’algide nuit tombale de mon coeur s’ouvre quelque peu.

J’avance dans la bruine comme on traverse le voile de l’Espérance, devise si chère aux Bourbons, sur un pavé toujours plus poli, travaillés par tant de frénétiques talons citadins.

J’entre au temple tragique que la Comédie porte tel un Atlas amoureux,
ma hure timide se cherche une ombre parmi ces innombrales moulures et colonades lactescentes. Je ne puis observer que ce vaste dallage d’ébène tel un cosmos où mirer mes pensées, il est 20h, la fourmillère grossit, le ventre du théâtre a faim et l’excitation claque du fouet dans l’air d’impatience avant le grand Ballet.

Le silence se cabre et la foule est affairée sur son mord baveux, bafouillant dans un tohu-bohu de gazouillis où chacun fait ce qu’il peut pour satisfaire l’impatience. Je cherche fébrilement mon siège, et, pendant ce temps, le cochet des heures fait claquer ses rennes contre les minutes de ma montre. Ma selle est là, C-18, d’un rouge garance, aussi inclinée que l’est mon esprit, en direction de la scène fermée telle une paupière rêveuse, je tiens mon étalon d’une fière bride et promet de ne plus relâcher ma place.

D’un instant à l’autre, la régie fait glisser l’Or de ses feux de l’astre diurne jusqu’à la nuit complète, le spectacle va commencer. Prokofiev arrive par un mince roulis sonore, le Stradivarius soigne son arrivée par une mer affable, et le grand rideau s’ouvre enfin sur des tisons de huit cent yeux ardents.

Cendrillon est déjà là, nappée des fins résidus de sa solitude plombée, inclinée sur un lit qui a tout l’air d’un mastaba ébouriffé. Les trois harpies virvoltent autour d’elle, ces belles-soeurs ont de ces robes vives qui font suer le regard, elles miment si bien la mesquinerie qu’on en viendrait presque à gravir la scène pour les arrêter.

Les pointes ont l’air de…pointer, non pas du doigt, mais d’un orteil accusateur, l’ingrate robe ménagère de la pauvre fille, Oh Cendrillon! Oh Cendrillon…si la cheminée te pare de ses paillettes de suie, moi, spectateur, te pare de ma plus tendre empathie.

Prokofiev continue de buriner dans ses roulades par ses altos songeurs en même temps que les pas chassés des ballerines, et quelques danseurs, tels des points-virgules, viennent donner de l’écorce valeureuse à l’Oeuvre. Toutes ont les pieds alertes, tels des Hermès plantaires qui, entre eux, se passent des lettres énamourées par le mouvement.

La sauce s’épaissit dans l’étuve du conte, les haineuses bariolées de mauvaises grâces que sont les soeurs cognent dans mon coeur, le mépris poulope jusqu’au bord de mes lèvres, prêt à l’injure dans l’obscure théâtre. Danseuses, oui, mais il faut le « pointer » aussi, des comédiennes Delle’Arte dont les différentes faces font d’elles un puissant mille-feuille de sentiments.

Arrive un drôle de rossignol, paré d’une courte cape brodée d’Or, un justeaucorps moulé sur ses sveltes muscles de marbre taillés en ronde-bosse, une humble couronne à la tête, et le regard cerné de khôl, c’est le Prince! Le poitrail fumant et les naseaux béants il respire toute la scène, à lui seul, respirant toutes les grâces réunis en une seule fleur, la seule: le talent. Le voilà se faisant auréole pour chacun et chacune, parant les autres dans un de ses grands jetés.

L’heure du Grand Bal a sonné sur l’horloge, la Fée Marraine souffle sur Cendrillon, cygne argentée aux jambes fuselées, passant d’un haillon à la robe églantine, le pouvoir du Phoenix. Un diadème est posé tel un baiser sur son front lunaire, ses yeux perlent sur son lit lacrymal et s’asèchent un instant, rendant aux commissures des ses lèvres un nouvel arc tendu, le sourire. Oh joie! Elle peut enfin rejoindre le fier Prince, et arrimer la proue de son coeur au sien, dans l’écume d’un Prokofiev toujours plus battant à mesure que l’amour croît.

Mais soudain sonne presque Minuit, cette heure charnière où la moiteur du chemisier fait rendre le sommeil pénible, Cendrillon s’échappe des bras de son Adonis, perdant au passage une pantoufle de verre. Le fruit de ses yeux disparaît, la magie avec, et Cendrillon reste Cendrillon, redevenue l’humble ménagère aux pétales fanées. Seule, le tronc inclinée sur le parquet velu du château, éclate dans un sanglot étranglé.

Le Prince cherche cette absence, tel un souvenir errant de ce coeur évaporé, il mène…la danse et demande aux protagonistes de l’histoire où peut bien se trouver le cygne perdu. Amoureux qu’il est, la fièvre lui monte jusqu’au visage et cuit sur ses hautes joues un désir ardent.
Point de complices, que des filles en lice dont le seul podium reste ce Prince, à gravir par les échelons de la séduction.

Mais rien n’y fait, la pantoufle s’essoufle, d’un pied à l’autre, du plus fin au plus grossier, aucun ne remporte le suprême galbe enchanteur. Ces millions d’orteils n’ont pas sa pareille à la paire Divine qu’a notre adorable Cendrillon, les siens sont nés félin. Je me plaîs, à ce moment du Ballet, au revers d’un mouvement des cordes du grand Pyotr, une larme émue sur le fil tendu qu’offre la scène , comme un pont que l’on traverse sans pouvoir y rejoindre l’aimée.

Le dénouement arrive, car l’heureux présage de la chausse tant convoitée y trouve son nid, et quel nid! Celui de notre heroïne. Ainsi est cloturé, par un dernier hocquet émotionnel du compositeur qui tapisse le fond du spectacle, le conte merveilleux, dont l’Amour fini d’éclore sa Rose Céleste par une envolée lyrique corporelle des plus ciselée.

Je repars, par où je suis entré, en matière de solitude, mais bien décidé à offrir aux deux danseurs principaux, deux roses. Là aussi, dans ce maelström dans lequel a fondu mon âme j’y ai laissé mon coeur de verre… Mais point de Princesse pour l’y retrouver, ni pour l’essayer, et moins encore pour l’aimer, minuit est à portée d’aguille sur le beffroi, et je repars avec les haillons de ma mine esseulée.

Alors, je me suis en dessein de chercher la cerise en Tutu sur le gâteau, et offrir à Cendrillon elle-même, et au Prince, les Roses qui feront office du plus beau remerciement qui soit, celui de m’avoir si grandement émerveillé, en voilant, ne serait-ce que quelques instants, ma vieille tour d’ivoire.

Mon coeur de verre est resté sur scène, faire un ultime Derviche, et se perdre quelque part, probablement dans les souvenirs de ces robes volantes, faisant éloigner toujours plus loin, telle une hélice, ma vielle et si triste, et si aimante, solitude vespérale.

SECONDE PARTIE

Parlons un peu de l’Art de la danse: 

La ballerine est une plume soufflée par Dieu, elle vole plus qu'elle ne marche, et plus elle tourbillonne plus elle défait la pelote des mouvements cachés de l'âme, voir les sentiments qui montent à mesure que l'air gracile envahit les coeurs.

En bouquet avec un partenaire ou en fleur seulette, l’Etoile, qui éclaire tant la scène que l’obscure salle, fait de son tutu le volant hypnotique de son charme qui fera perdre des yeux le spectateur, et le diriger du bout du nez jusqu'aux confins de la beauté.

L'Étoile repose sur la Clef de Sol, c'est son armature, et sur ce lit de plusieurs portées elle est tenue en oiseau docile par les notes, tel un pantin tenu par des fils invisibles. L’orchestre balade la ballerine au grés de ses pas chassés aux chaussons nacrés, jusqu'au ciel le plus vertueux.
Elle porte sa tête dans ses pieds, sa pensée s’articule par le truchement de ses prestes pas. Au bout du talon comme au bout du talent voguent ses orteils au creux de ses célèbres "Repetto" moelleux, faisant des baisers de soie au sol. Son visage n'est pas en reste, on dirait presque les masques kaléidoscopiques sentimentaux du "bharatanatyam" Indien.

©2023AnthonyPERROT